Bleu d’orage

La nuit, quand le pendule de l’amour balanceentre Toujours et Jamais,ta parole vient rejoindre les lunes du cœur et ton œil bleud’orage tend le ciel à la terre. D’un bois lointain, d’un bosquet noirci de rêvel’Expiré nous effleureet le Manqué hante l’espace, grand comme les spectres du futur. Ce qui maintenant s’enfonce et soulèvevaut pourLire la suite « Bleu d’orage »

Entretien dans la montagne

Tu sais. Tu sais et tu vois : ici la terre s’est plissée dans le haut, s’est plissée une fois et deux fois et trois fois, et s’est ouverte au milieu, et au milieu il y a l’eau, et l’eau est verte, et le vert est blanc, et le blanc vient de plus haut encore,Lire la suite « Entretien dans la montagne »

Psaume

Personne ne nous pétrira de nouveau de terre et d’argile, personne ne soufflera la parole sur notre poussière. Personne.  Loué sois-tu, Personne. C’est pour te plaire que nous voulons fleurir. À ton encontre.  Un Rien voilà ce que nous fûmes, sommes et resterons, fleurissant : la Rose de Néant, la Rose de Personne.  Avec le style, lumineux d’âme, le filet d’étamine, ravage du ciel, la couronne rouge du motLire la suite « Psaume »

La mer

La mer fascinera toujours ceux chez qui le dégoût de la vie et l’attrait du mystère ont devancé les premiers chagrins, comme un pressentiment de l’insuffisance de la réalité à les satisfaire. Ceux-là qui ont besoin de repos avant d’avoir éprouvé encore aucune fatigue, la mer les consolera, les exaltera vaguement. Elle ne porte pasLire la suite « La mer »

Le château étoilé

On n’en finira jamais avec la sensation. Tous les systèmes rationalistes s’avéreront un jour indéfendables dans la mesure où ils tentent, sinon de la réduire à l’extrême, tout au moins de ne pas la considérer dans ses prétendues outrances. Ces outrances sont, il faut bien le dire, ce qui intéresse au suprême degré le poète.Lire la suite « Le château étoilé »

Nous n’épuisons pas l’amour

à Nina, notre petit ange, Vois, nous n’épuisons pas l’amour, comme les fleurs, en une seule saison ;lorsque nous aimons, une sève immémoriale monte en nos bras.Songe, ô jeune fille, qu’au fond de nous-même ce n’était pasun seul que nous avons aimé, ni même ce qui devait venir,mais le bouillonnement de l’innombrable ;non pas unLire la suite « Nous n’épuisons pas l’amour »

Géographie(s)

Mahony disait que ce serait rudement chouette de partir en mer sur un de ces grands navires, et moi-même, en regardant les grands mâts, je voyais, ou j’imaginais, la géographie, dispensée chichement à l’école, prendre consistance sous mes yeux. L’école et la maison semblaient s’éloigner, et l’influence qu’elles exerçaient sur nous semblait décliner. James Joyce,Lire la suite « Géographie(s) »

« Comme toi, César »

Cette même année, un seul esclave aurait par son audace, si l’on n’y avait mis promptement bon ordre, plongé l’État dans les discordes et les guerres civiles. Un esclave d’Agrippa Postumus, nommé Clémens, en apprenant la mort d’Auguste, conçut un projet qui n’était pas d’une âme servile : il résolut de se rendre dans l’îleLire la suite « « Comme toi, César » »

Je dis qu’il doit vaincre

Chère Écusette de Noireuil,   Au beau printemps de 1952 vous viendrez d’avoir seize ans et peut-être serez-vous tentée d’entrouvrir ce livre dont j’aime à penser qu’euphoniquement le titre vous sera porté par le vent qui courbe les aubépines… Tous les rêves, tous les espoirs, toutes les illusions danseront, j’espère, nuit et jour à laLire la suite « Je dis qu’il doit vaincre »

La beauté est difficile

C’est le passé de la littérature, son histoire propre, dont l’importance a crû au point d’étouffer le présent. À l’origine, elle naît du fracas des batailles, de la fureur des éléments, de ce qui, par essence, l’empêche, la nie. Ensuite, elle doit compter avec elle-même, avec la succession des formes qu’elle a revêtues. La grandeLire la suite « La beauté est difficile »